Adaptation aux changements climatiques en milieu côtier : Réseaux, capacités et politiques

Réseautage

Le projet « adaptation de zones côtières aux changements et à la variabilité climatiques – échange des expériences canadiennes et africaines » a favorisé le réseautage, autant à l’échelle locale que régionale et internationale. À l’échelle locale, l’implication d’ONG, des autorités locales et des chercheurs universitaires a contribué à une meilleure communication entre les acteurs. Nous espérons que grâce au projet, des initiatives intersectorielles seront plus facilement initiées dans les communautés et régions à l’étude. En effet, l’implication d’intervenants locaux dans le projet fait en sorte que les connaissances et leçons issues du projet restent sur place et favorise des initiatives semblables dans le futur. À l’échelle régionale, les échanges au cours de l’atelier régional et la réalisation de la présence de problématiques et d’intérêts communs pourra favoriser une collaboration et des échanges à l’avenir. L’interaction sud-sud a cependant été moins prononcée que l’interaction sud-nord ou celle des acteurs à

l’échelle locale. À l’échelle internationale, les liens établis entre les établissements universitaires (UQAM, Université de Moncton, Université d’Abomey-Calavi et de manière informelle Université Cheickh Anta Diop), ainsi qu’avec les acteurs de terrain (ACED-Bénin, certaines ONG au Sénégal de manière informelle) mènera certainement à des collaborations futures et plusieurs demandes de subvention ont déjà été préparées par suite des liens établis dans le projet.

Renforcement des capacités

A l’issue du projet, les acteurs impliqués ont été renforcés en capacités et ont amélioré leurs connaissances en matière d’adaptation au changement climatiques. À l’échelle locale, le renforcement des capacités réside surtout dans une amélioration des connaissances, à la fois théoriques (sur les changements climatiques) et appliquées (synthèse des éléments de vulnérabilité et des stratégies d’adaptation). Par ailleurs, l’implication dans un projet et les contacts avec d’autres acteurs locaux et nationaux (p.ex. implication de la DEEC au Sénégal, présence du représentant du ministre lors de l’atelier régional au Bénin), renforce la capacité d’adaptation des acteurs locaux en agrandissant leurs réseaux. La confrontation des connaissances locales avec les connaissances scientifiques, la réalisation que d’autres communautés dans d’autres pays, et même des pays développés, vivent les mêmes problèmes, ainsi que l’intérêt porté à leur situation par des acteurs universitaires, gouvernementaux et d’ONG régionales est un élément motivant et générateur de confiance (« empowerment ») auprès des acteurs locaux. L’attention portée aux femmes dans le projet saura les encourager à s’impliquer activement et de façon créatrice dans le processus d’adaptation.

Politiques et pratiques

A l’issue du projet, plusieurs recommandations ont été faites à l’endroit des autorités locales, de l’Etat central, des chercheurs et les ONG.

En effet, la mise en œuvre du projet a impliqué des autorités locales (les maires des communes à l’étude), des autorités nationales au Sénégal (DEEC du ministère de l’environnement), les dirigeants d’ONG (ACED-Bénin et autres ONG qui ont été sollicitées pour des entrevues), ainsi que des chercheurs impliqués dans l’étude de la zone côtière. Ainsi, les conclusions et recommandations du projet pourront avoir des incidences sur la planification de l’aménagement de la zone côtière en vue d’une meilleure résilience climatique.

Voici certaines des conclusions pertinentes à la prise de décision (policy-relevant) issues du projet qui s’appliquent souvent autant au Bénin qu’au Sénégal :

– L’approfondissement des travaux de recherche sur le sujet : Quelques pistes de recherche intègrent la prise en compte d’indicateurs clefs comme le niveau de la mer, la température; la revue de la relation fonctionnelle entre l’exposition, la sensibilité et la capacité d’adaptation; et l’étude des impacts sociaux de la variabilité et des changements climatiques sur les communautés côtières.

– Le renforcement de l’accès à l’information agricole : Les services de vulgarisation- conseils agricoles peuvent améliorer l’accès des communautés de pêcheurs à l’information. L’information agricole pourrait porter sur les prévisions agro-météorologiques, les techniques innovantes de pêche ou le marché́.

– Investissement dans les moyens de production agricole. Par exemple, la disponibilité de motoculteurs permettrait de multiplier par deux ou trois les rendements agricoles, selon certains répondants.

– La diversification des sources de revenus : Les communautés de pêcheurs doivent développer d’autres activités génératrices de revenus afin d’augmenter leur capacité́ d’adaptation. L’aquaculture ou la production maraichère sont des activités qui sont adéquates aux conditions locales donc envisageables. Le Ministère de l’agriculture à travers les Secteurs communaux de développement agricole peuvent appuyer la mise en œuvre de cette suggestion.

– La protection et réhabilitation des milieux naturels, par exemple les mangroves, permet non seulement le maintien de la capacité de renouvellement des ressources halieutiques, mais offre aussi une protection contre les inondations et l’érosion.

– Dans certains cas, la construction de digues s’avère le seul moyen d’enrayer la salinisation des sols et d’atténuer l’impact des inondations. Cependant, les moyens mis à disposition ne sont pas suffisants pour avoir des digues assez hautes, assez solides, complétées sur toute leur longueur et maintenues de manière adéquate.

– Le manque de disponibilité d’eau douce et d’électricité (donc aussi d’énergie pour des dispositifs de traitement des eaux) sont des causes essentielles de problèmes de santé et d’un bien-être réduit. Des solutions techniques (châteaux d’eau, puits, installations solaires) et institutionnelles (optimisation de la gestion de l’eau domestique et d’agriculture) doivent être mises en place pour améliorer la situation, surtout dans un contexte de changements climatiques et d’élévation du niveau de la mer qui risque d’amplifier les problèmes liés à l’eau douce.

– Le rôle de l’aménagement de la côte et du bassin versant (constructions de barrages, d’épis, de digues, dragage, prélèvement de corail, etc.) doit être repensé en fonction des impacts à moyen et long terme sur la dynamique côtière et les risques associés.

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