Contribution de ACED sur la “Production / distribution des bio-intrants” en Afrique de l’Ouest : discussion #10 du Forum Roppa-Pafao-Jafowa

Malgré le frein que constitue l’insécurité foncière, les pratiques agroécologiques se développent en Afrique de l’Ouest, notamment la fumure organique. De plus, plusieurs stratégies collectives se développent pour faciliter la fertilisation organique et/ou des biopesticides par plusieurs agriculteurs.

Les membres des réseaux Roppa, Pafao, Jafowa et leurs partenaires ont été invités à contribuer à la réflexion commune à savoir :

Dans quelles conditions la production in situ de bio intrants est-elle efficace ? Sans sécurité foncière, sans sécurité sociale, sans garantie de débouchés, leur achat auprès de groupes privés n’est-il pas une piste à explorer, au moins de façon transitoire ? Les risques de dépendance et/ou d’accaparements de ressources (jacinthes d’eau par exemple) par les industriels sont-ils documentés ?

Dans ce blog, notre collègue Donald Houessou de ACED partage quelques perspectives sur la question avec la communauté.

La question de la transition agroécologique est complexe.

D’abord, sur le plan de la production des biointrants (engrais, produits de protection des plantes), la cohabitation entre la production des exploitations familiales et celle d’unités privées (locales) spécialisées est nécessaire.

  • En effet, les exploitations familiales sont souvent capacitées à succès par des initiatives à de la production de certains biointrants (compost, fientes de volaille, extraits aqueux de feuille de neem, etc.) pour leurs productions. Mais, l’expérience montre que cette production insitu est souvent insuffisante pour couvrir les besoins des exploitations pour deux raisons : (1) l’exploitation a une plus grande superficie que ne peut couvrir leur production de biointrants ; (2) l’exploitation n’a pas le volume humain et le temps requis pour produire davantage pour couvrir entièrement ses besoins ; d’où le besoin d’avoir des unités locales de production de biointrants dans les pays.
  • Le besoin d’avoir des unités locales de production de biointrants se justifie donc pour accompagner la dynamique de transition agroécologique déjà entamée par les exploitations familiales elles-mêmes, et éviter des retours éventuels vers les produits chimiques. Néanmoins, cela doit se faire dans un contexte marqué par :
    • l’absence de conflicts au niveau des sources d’approvisionnement des matières premières par les exploitations familiales et les unités locales. Par exemple, dans le cas des jacinthes d’eau, il est possible que la production de biofertilisant avec cette plante par des privés empêche les dynamiques locales des exploitations elles-mêmes qui risquent de boycotter in fine l’utilisation des produits offerts par ces privés.
    • un prix concurrentiel des biofertilisants en comparaison aux produits chimiques. L’expérience de collaboration avec les maraichers, du centre ACED au Bénin, a montré que le prix des biofertilisants est un facteur déterminant de la décision d’un maraicher de faire de la transition agroécologique. Pour cela, les privés doivent travailler à obtenir un prix juste i.e. qui leur est profitable et qui permet aux producteurs de faire rapidement dos aux engrais chimiques.
    • une sensibilisation accrue des producteurs. Faire dos aux engrais chimiques signifie prendre conscience de leurs conséquences sur la biodiversité locale car l’avantage des biofertilisants n’est pas que dans l’augmentation des rendements. Cela signifie également éviter de comparer les rendements obtenus entre fertilisants chimiques et organiques car cette seule comparaison ne suffit pas à prendre la décision de faire la transition agroécologique.

Ensuite, la construction d’une forte demande de produits agroécologiques pourrait massifier les ventes de produits agroécologiques et donc stimuler en amont la transition agroécologique. En effet, la condition fondamentale qui permettrait aux producteurs de rémunérer leurs efforts de transition agroécologique est l’existence d’un marché soutenu durablement par les populations locales. Cela soulève donc la question du ‘consommer local’ qui n’est pas encore bien ancrée dans les habitudes alimentaires des populations et qui nécessite une sensibilisation accrue des consommateurs sur l’avantage de la consommation locale de produits locaux sains sur leur santé et l’économie locale. L’exemple récent de la pandémie du COVID-19 a montré toute l’importance de la construction de systèmes alimentaires locaux et agroécologiques dans la résilience des communautés aux chocs externes, avec un accent particulier sur les intrants et produits locaux agroécologiques. Cette question a fait l’objet d’un dialogue politique organisé en février 2021 au Bénin par le centre ACED et qui a réuni plusieurs acteurs gouvernementaux, des municipalités, des organisations de la société civile, du secteur privé, des communautés agricoles, et des consommateurs.

Enfin, il y a les politiques qui sont importantes pour mettre cette transition agroécologique à l’échelle. En effet, les politiques agricoles orientent le développement agricole des pays et donc influencent les formes d’agriculture pratiquées. Dans ce sens, la transition agroécologique dont la première partie est basée sur les intrants nécessite une volonté politique affichée pour rendre l’environnement favorable à la promotion de l’utilisation de biofertilisants. Ceci passe par les instruments financiers tels que la taxe d’importation (sur les produits chimiques), la fiscalité d’entreprises de fabrication d’intrants, et l’établissement et la facilitation des procédures d’homologation des intrants. Également, les instruments de subvention (crédit intrants) aux producteurs pourraient promouvoir les biointrants et booster la dynamique de transition agroécologique dans les pays.

En somme, il n’existe pas une solution facile pour favoriser l’utilisation de biointrants et la transition agroécologique. Cependant, il est possible de construire le chemin en impliquant simultanément divers acteurs pertinents tout en mettant les producteurs au centre du processus. Ce processus est non linéaire et ressort la nécessite de mettre en place un dispositif d’apprentissage continu et guidé par les chercheurs.

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