La jacinthe d’eau : de l’invasion à la perspective commerciale

Si les produits maraîchers représentent une composante importante de l’alimentation des ménages ruraux et urbains au Bénin, la pauvreté des sols, la dégradation des terres et la rareté de l’eau font que les rendements – et les revenus – sont restés faibles.

De 2013 à 2015, pour relever ces défis dans la région du lac Nokoué au Bénin, ACED s’est employé à valoriser les populations nombreuses (et envahissantes) de jacinthes d’eau par le compostage. Mise au point en partenariat avec l’organisation internationale à but non lucratif Gevalor, qui promeut le recyclage des déchets dans les pays en développement, l’initiative a permis, dès la première année :

  • de former et d’équiper 144 maraîchers au ramassage et à la transformation de la plante en compost organique destiné à la fertilisation des exploitations maraîchères ;
  • Fin 2015, 2 232 tonnes de jacinthe d’eau avaient été converties en 1 300 tonnes de compost ;
  • et des études ont révélé que l’utilisation du compost a permis d’augmenter les rendements de piment jusqu’à 162 %, d’amarante de 120 % et de tomate de 42 %.

Le projet a également permis :

  • de former des femmes au niveau local à la production d’articles de vannerie, notamment des paniers et des chapeaux, à partir de la jacinthe d’eau.
  • Vingt-cinq femmes travaillent aujourd’hui à plein temps dans la fabrication d’articles de vannerie.
  • Elles gagnent jusqu’à 3 000 FCFA (4,6 euros) par article sur les marchés locaux.
  • Par ailleurs, 25 autres femmes reçoivent une formation supplémentaire pour les aider à diversifier leurs produits.

Dans une deuxième phase de l’initiative (2015-2017), il s’est agi de produire davantage de compost grâce à une technique de ramassage de la jacinthe d’eau à l’aide de filets, réputée plus efficace. Cette nouvelle méthode a permis d’augmenter les quantités ramassées de 39 %. La deuxième phase visait également à améliorer l’efficacité de la filière de produits maraîchers pour augmenter les profits des agriculteurs. En 2016, une discussion multipartite a abouti à la création d’un point de vente et de promotion des produits. L’objectif était de supprimer l’intervention d’intermédiaires et d’accroître les marges des agriculteurs. À l’appui de cette démarche, une enquête a été menée auprès des consommateurs de produits maraîchers sur leurs attentes et leurs besoins. Les résultats ont mis en évidence la nécessité de disposer de produits maraîchers abordables et bien présentés, capables de concurrencer les alternatives cultivées à l’aide d’intrants non biologiques. L’amélioration des techniques de commercialisation – ainsi qu’une campagne de promotion des produits sains lancée dans le cadre de l’initiative – a débouché sur une augmentation des prix de vente moyens de 19 %.

« Les revenus supplémentaires générés par la vente de produits maraîchers agroécologiques m’aident à diversifier l’alimentation de ma famille et contribuent à payer les frais de scolarité de nos enfants », explique Rolande Hounmanon, maraîchère dans la commune de Sô-Ava.

Évaluer les avantages pour l’environnement

L’initiative relative à la jacinthe d’eau présente par ailleurs des avantages pour l’environnement car la plante est transformée en compost avant qu’elle n’ait eu le temps de se décomposer et de libérer le méthane et l’oxyde nitreux nocifs dans l’environnement – réduisant ainsi les émissions de gaz à effet de serre dans la région. Une méthodologie unique en son genre pour évaluer les émissions de gaz à effet de serre de la jacinthe d’eau, à la fois dans son environnement naturel et lors du compostage, a également été mise au point dans le cadre de cette initiative et soumise au Gold Standard – un mécanisme volontaire dédié aux interventions sur le climat et sur le développement qui certifie les méthodologies d’estimation des gaz à effet de serre.

« La volonté d’établir un lien entre la préservation de l’environnement mondial et le développement d’activités génératrices de revenus pour les communautés s’inscrit bien dans la vision du Fonds français pour l’environnement mondial », a indiqué Xavier Duporge, ancien secrétaire général du Fonds français pour l’environnement mondial, qui a financé l’initiative entre 2013 et 2015. L’initiative a également été reconnue comme étant Outstanding Practice in Agroecology 2019 (Pratique exceptionnelle en agroécologie 2019) par le World Future Council et a été présentée par des médias internationaux, notamment France 24, Radio France International et Deutsche Welle.

Sur le plan des perspectives, ACED a élaboré une stratégie de mise à l’échelle visant à doubler la consommation de produits maraîchers cultivés localement dans le sud du Bénin d’ici 2025. Le centre a de plus procédé à un examen des mécanismes de certification biologique disponibles et abordables pour les petits exploitants permettant la certification du système de production de compost à partir de la jacinthe d’eau.

Cet article est issu du rapport d’impact produit sur les 10 ans d’activité de ACED. Vous pouvez télécharger le rapport complet pour plus d’informations.

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