Le débat sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle

Garantir à chacun l’accès à une alimentation suffisante, abordable et nutritive a été – et est toujours – un défi de tous les temps pour l’humanité, la question de la sécurité alimentaire et nutritionnelle (SAN) faisant l’objet d’une attention permanente et grandissante dans les sphères de la recherche et de la politique. Environ 820 millions de personnes dans le monde souffrent de la faim, et 2 milliards de personnes souffrent de malnutrition modérée ou grave (FAO et al. 2019). En dépit des efforts et des interventions, le nombre de personnes sous-alimentées dans le monde a augmenté ces cinq dernières années, le continent africain affichant la plus forte prévalence de sous-alimentation (FAO et al. 2019). Il est désormais clair que l’ambition zéro faim des objectifs de développement durable (ODD) est utopique et ne sera pas atteint. Mais alors, pourquoi est-il si difficile de mettre fin à la faim ?

L’insécurité alimentaire et nutritionnelle est en effet un problème complexe dont les causes sont multiples et interdépendantes, avec des effets négatifs sur les moyens de subsistance et les capacités économiques des populations. La sécurité alimentaire et nutritionnelle (SAN) a évolué en théorie et en pratique au cours des 70 dernières années à travers une série de définitions, de paradigmes et d’interventions (voir également Weingärtner 2004). Elle est particulièrement entretenue par les changements sociétaux et par les effets pervers du changement climatique et des catastrophes naturelles (Grebmer et al. 2019). Avec la forte poussée démographique au niveau mondial —la population mondiale devrait encore augmenter de près de 26 % d’ici à 2050 (UNDESA 2019)—, la demande de denrées alimentaires croît rapidement — il faudra 60 à 110 % de nourriture supplémentaire (Tilman et al. 2011) à l’horizon 2050. Ce besoin de nourrir une population de plus en plus croissante intervient dans un contexte où la productivité agricole notamment en Afrique est faible et davantage fragilisée par les changements globaux dont notamment le changement climatique et le développement d’une agriculture non-alimentaire (bio-carburant, alimentation animale). La problématique de la SAN est davantage plus compliquée à appréhender et traiter en raison de ses interdépendances avec d’autres dimensions du développement durable notamment la croissance économique inclusive, l’évolution de la dynamique démographique, l’emploi décent, l’amélioration de la protection sociale, un meilleur accès à l’énergie, à l’eau, à la santé, à l’assainissement, la gestion des ressources naturelles et la protection des écosystèmes (voir TST 2013).

Au Bénin, la question de la SAN est une préoccupation majeure, entretenue et rendue complexe par le contexte de paupérisation. Environ 9,6 % de la population (plus d’un million de personnes) est en situation d’insécurité alimentaire, et environ la moitié de la population (5 millions de personnes) vit en situation de précarité alimentaire (PAM 2017). Le tableau est plus sombre dans les régions rurales où environ 12 % de la population est en insécurité alimentaire, contre 7 % dans les zones urbaines. Malgré cet avantage comparatif des zones urbaines, la détérioration des conditions de vie dans les villes crée des poches d’insécurité alimentaire, laissant apparaître de plus en plus une nouvelle classe de citadins appelés les “pauvres urbains”. Environ trois quarts de ces pauvres urbains vivent en situation d’insécurité alimentaire (Houessou et al. 2019). Contrairement aux milieux ruraux où différentes stratégies de gestion de soudure alimentaire sont disponibles (jardinage domestique, banques de céréales, etc.), les “pauvres urbains”, avec un accès très limité aux terres agricoles et aux systèmes de sécurité sociale, ont très peu ou pas de moyens de gestion des soudures alimentaires. La situation dans les zones urbaines du Bénin risque d’empirer en raison de l’urbanisation croissante (47,3 %[1] – l’un des taux les plus élevés d’Afrique de l’Ouest) et de l’expansion et de la création de villes.

Par conséquent, quelle que soit la zone géographique (rurale ou urbaine), la question de la SAN est très préoccupante au Bénin et nécessite des interventions plus stratégiques, dédiées et innovantes qui combinent recherche, politique et action si l’on veut relever le défi de fournir une alimentation adéquate. Ces interventions s’inscriront dans un contexte international et national particulièrement délétère et en pleine mutation, caractérisé par l’irruption et la propagation de l’épidémie de la COVID-19 ainsi que les différentes mesures barrières prises par les gouvernements. Cette crise sanitaire historique glisse progressivement vers une crise alimentaire majeure dont les effets sur la SAN quoiqu’encore mal connus seront immanquablement dévastateurs.

[1] https://www.ceicdata.com/en/benin/population-and-urbanization-statistics/bj-urban-population–of-total-population

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