Leçons apprises de l’innovation de production du biogaz à base de jacinthes d’eau et de biodéchets ménagers

Dans la recherche de solutions durables aux défis rencontrés par les populations locales, trois besoins ont été identifiés sur le territoire entourant le lac Nokoué. Il s’agit de la demande en énergie domestique avec comme corollaire la réduction de la déforestation, l’atténuation des changements climatiques et l’amélioration des conditions de vie des femmes et des enfants ; la lutte contre la prolifération de la jacinthe d’eau sur le lac Nokoué avec comme conséquence le développement des activités socio-économiques (protection de la biodiversité halieutique, pêche, tourisme, écoulement des produits agricoles, etc.) ; et la gestion durable des déchets solides ménagers avec comme effet l’assainissement du cadre de vie et l’amélioration de la santé des populations. Face à ces besoins, ACED, en collaboration avec la société suisse EREP S.A., a mis en place un dispositif intégré de méthanisation (production de biogaz) des jacinthes d’eau et de biodéchets ménagers pour fournir de l’énergie domestique aux ménages ruraux et de valorisation du digestat dans les périmètres maraichers. Après plusieurs mois de déploiement de l’innovation dans le milieu, plusieurs leçons ont été apprises comme suit.

 

L’innovation de méthanisation des jacinthes d’eau et des biodéchets ménagers est possible et est socialement acceptée. Désormais, les maraichers et les maraichères collectent la jacinthe d’eau sur le lac Nokoué, trient leurs biodéchets et les alimentent dans l’installation de méthanisation. Ils transportent le biogaz produit grâce à des sacs à gaz et l’utilisent pour la préparation des repas. Le digestat issu également du processus de méthanisation leur permet de fertiliser leurs cultures maraichères. En ajoutant ces faits à l’organisation mise en place par le groupe bénéficiaire pour la conduite de l’installation de méthanisation, il est possible d’affirmer que l’installation est socialement acceptée ; condition essentielle pour la réussite du projet.

 

L’installation de méthanisation est économiquement viable. L’utilisation du biogaz en substitution du combustible traditionnel, le bois, vient diminuer la pression sur la mangrove voisine, où ce bois est prélevé. La cuisson du repas du soir évite en moyenne la combustion de 4 à 5 kg de bois utilisé pour les mêmes fins correspondant à une économie de 300-500 FCFA. A cette économie viendront s’ajouter les bénéfices attendus par l’augmentation des rendements maraichers avec l’utilisation du digestat.

 

L’installation de méthanisation a des effets positifs sur la protection des ressources forestières et halieutiques, l’amélioration du cadre de vie et de la santé des populations, et l’atténuation des changements climatiques. Il y a une amélioration de l’hygiène dans les ménages bénéficiaires du fait du tri des déchets pour la méthanisation, ce qui réduit leur exposition aux maladies. Également l’utilisation du biogaz pour la cuisson domestique a permis aux ménages bénéficiaires de commencer à réduire leur consommation en bois de mangrove et la pression sur cet écosystème. Ensuite, l’utilisation du digestat comme intrant organique dans leurs champs améliore les rendements. Enfin, l’innovation a intensifié l’utilisation des jacinthes d’eau ; toute chose qui favorise la circulation lacustre, la pêche, et la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

 

La complémentarité d’expertise dans les partenariats Nord-Sud facilite l’introduction et la customisation des innovations au contexte local et le transfert de savoir-faire technique. L’innovation a été mise en œuvre grâce à la collaboration entre 2 équipes aux compétences complémentaires. ACED, organisation béninoise, possédant une connaissance complète du territoire et EREP, société suisse, possédant l’expertise dans le domaine de la méthanisation. Ainsi, la réussite de l’introduction de cette innovation que représente la méthanisation au sein de la population bénéficiaire tient à l’adaptation du concept technique au contexte local, à la motivation du collectif de maraichers et maraichères bénéficiaires, au transfert de savoir-faire entre les partenaires suisses et béninois et au suivi de la mise en service par l’équipe locale béninoise. Le déroulement de la phase de mise en œuvre de l’installation pilote est donc une préparation à la réplication d’installations de méthanisation futures. ACED est donc autonome sur le processus de mise en place d’unités de méthanisation qui comprends :

  • La création de liens avec les acteurs socio-économiques actifs sur le territoire et les autorités locales ;
  • Le rassemblement des groupes bénéficiaires autour de l’introduction de l’innovation dans leur quotidien ;
  • Le choix des sites d’implantation ;
  • La planification de l’exécution ;
  • Le suivi de l’exécution y compris la construction d’installations étanches ;
  • La montée en charge de l’unité biogaz ;
  • La formation des collectifs bénéficiaires au tri des biodéchets, à l’exploitation de l’unité de biogaz, à l’utilisation du biogaz, et à l’utilisation du digestat.

 

L’expérience de mise en place de l’innovation a permis de fixer des critères de décisions sur la faisabilité technique d’une installation de biogaz. Il est envisagé de multiplier le nombre d’installations de méthanisation sur l’ensemble du territoire autour du lac Nokoué. Pour cela, plusieurs critères ont été fixés comme étant nécessaires à la réussite de la mise en œuvre d’installations de méthanisation. Il s’agit de :

  • L’intégration de l’exploitation de l’installation de méthanisation aux activités d’un collectif de maraichers et de maraichères, pour la valorisation du digestat sur les plantations maraichères ;
  • L’implantation sur une parcelle non inondable et non loin du lac, pour le ramassage de la jacinthe d’eau ;
  • L’accès à une source d’eau douce, notamment pour la montée en charge du digesteur ;
  • La présence d’élevages bovins, pour l’approvisionnement en bouses de vaches, tenant le rôle d’inoculum lors de la montée en charge et de substitut de la jacinthe d’eau lors des périodes disparition de cette dernière ;
  • La capacité d’importation de certains équipements absents localement. L’absence de fournisseurs locaux/nationaux pour certains équipements (sacs à biogaz, membrane de stockage du biogaz) engendre des coûts d’importation élevés.
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