Certification des produits agroécologiques issus du compost de jacinthes d’eau : quelles options pour les maraichers ?

La jacinthe d’eau (Eichhornia crassipes) est l’une des plantes les plus invasives au monde (Labrada et Fornasari, 2002). Elle est fortement présente sur les plans d’eau d’Afrique de l’Ouest et particulièrement sur le complexe lagunaire Lac Nokoué-Lagune de Porto-Novo. Sa prolifération a des effets négatifs sur la biodiversité, la circulation lacustre, le réchauffement climatique et les activités socioéconomiques des populations. Elle est véritablement un problème environnemental majeur pour les ressources aquatiques et les populations lacustres.

Pour remédier à sa prolifération, le Centre d’Actions pour l’Environnement et le Développement Durable (ACED) a développé, en collaboration avec les maraîchers et maraichères de la commune de So-ava, une innovation qui valorise durablement la plante. L’innovation consiste à composter la jacinthe d’eau et à utiliser le compost produit sur les périmètres maraîchers tout en s’assurant que l’utilisation de ce compost réduit les coûts d’acquisition de fertilisants pour les cultures. Cette innovation a obtenu une forte adhésion des maraîchers qui utilisent ce compost de bonne qualité pour améliorer leur production. Cette utilisation de la jacinthe, si elle est davantage développée, permettra d’en augmenter les quantités ramassées et par conséquent de réduire son emprise sur le lac.

En outre, cette innovation permet aux maraîchers de démarrer une transition agroécologique de leurs systèmes de production. En effet, l’utilisation du compost de jacinthes dans les champs suit désormais des itinéraires techniques adaptés aux cultures pratiquées, à la nature des sols et aux rotations ou associations possibles. Ces itinéraires techniques répondent au besoin d’utiliser le compost de façon optimale dans les champs et d’assurer une production plus ou moins saine.

Bien que cet état de choses contribue in fine à la santé des maraîchers en particulier et des populations urbaines en général, le processus de production n’est pas encore certifié sur le plan biologique. En effet, la certification biologique examine tout le processus de production et s’assure que chaque étape respecte les exigences définies pour une production biologique. Cependant, il y a un gap d’informations sur les différentes certifications disponibles au Bénin et celles qui sont mieux adaptées surtout, en termes d’accessibilité des coûts de certification et de promotion du « consommer local », à la production maraîchère.

Par ailleurs, le contexte géographique (autour du lac Nokoué) a joué un rôle majeur dans la réussite de la transition agroécologique. En effet, cette transition agroécologique a réussi dans un contexte marqué par des efforts communautaires : (i) le compostage des jacinthes a nécessité que les maraîchers joignent leurs efforts pour ramasser et composter régulièrement les jacinthes afin d’avoir du compost utilisable dans leurs champs individuels et collectifs ; (ii) la vente des produits en circuit court a permis aux maraîchers d’entrer en contact direct avec les consommateurs – potentiels clients des aliments sains. Cela a donc renforcé la collaboration entre les maraîchers surtout en termes de production, d’organisation des groupes et des méthodes de ventes. Par conséquent, l’analyse des options de certification doit prendre en compte la participation d’acteurs pertinents pour la réussite de la promotion du « consommer local ».

Cette étude s’inscrit dans ce cadre et vise à comprendre les processus des différentes certifications disponibles localement et formuler des recommandations pour la certification de la production agroécologique utilisant le compost de jacinthes d’eau. A terme, la certification permettra d’améliorer la production sur le plan biologique et d’avoir un impact sanitaire positif sur l’approvisionnement des villes. Elle permettra également de donner plus de crédibilité aux différents aliments obtenus à base du compost de jacinthes d’eau pour augmenter les ventes et encourager la consommation des produits locaux ; ce qui contribuera directement à l’accroissement du revenu des maraîchers et à l’amélioration de leurs conditions de vie.

Le présent document est réparti en six (6) sections. La deuxième section aborde la méthodologie de l’étude et la troisième décrit le concept de certification. La quatrième section décrit les types de certification en agriculture biologique et la cinquième fait la synthèse et des recommandations. La dernière section conclue le document.

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